Livret A à 1,7 % : bonne nouvelle… ou fausse bonne nouvelle ?
- Geoffrey Diem
- 18 juil.
- 6 min de lecture

C'est officiel : après plusieurs mois à 1,5%, le taux du Livret A repart à la hausse. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a confirmé que le taux remonterait à 1,7 % à compter du 1er août 2026. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), dont la rémunération est identique, suit le même mouvement. Le Livret d'épargne populaire (LEP), lui, reste inchangé à 2,5 %.
Une bonne nouvelle sur le papier pour les 8 Français sur 10 qui détiennent un Livret A. Mais avant de s'en réjouir trop vite, il faut regarder ce que cette hausse représente vraiment. Et la réponse tient en peu de mots : beaucoup moins que ce que la plupart des épargnants imaginent. C'est justement ce que révèle un sondage OpinionWay pour BlackRock : les Français ont une idée très approximative de ce que leur épargne réglementée rapporte réellement.
Pourquoi cette hausse ?
La Banque de France calcule et propose tous les six mois au ministère de l'Économie les taux de rémunération des livrets réglementés, selon une formule qui prend en compte la moyenne du taux interbancaire de la zone euro (€STR) et celle de l'inflation hors tabac, sur les six derniers mois. Cette hausse reflète la poussée de l'inflation au printemps, qui avait culminé à 2,4 % sur un an en mai, sous l'effet de la flambée des prix de l'énergie liée au conflit au Moyen-Orient. Depuis, la tendance s'est nettement inversée : selon les chiffres définitifs de l'Insee, l'inflation est retombée à 1,8 % sur un an en juin, portée par le repli des prix pétroliers après la réouverture du détroit d'Ormuz.Mais depuis la mi-juillet, les hostilités ont repris : les États-Unis ont réinstauré leur blocus naval contre les ports iraniens et Téhéran a de nouveau fermé le détroit, faisant remonter le baril de Brent autour de 84-85 dollars. Mais le calcul du taux du Livret A se basant sur une moyenne semestrielle, c'est bien le pic du printemps qui a pesé dans la révision à 1,7 %.
Concernant le LEP, la formule aurait dû conduire à un taux abaissé à 2,2 %, mais un « coup de pouce » du gouverneur de la Banque de France permet de le maintenir à 2,5 %, pour continuer à soutenir l'épargne des personnes aux revenus modestes.
Combien cela représente-t-il vraiment ?
Sur un Livret A au plafond de 22 950 €, le nouveau taux de 1,7 % génère désormais un gain annuel global de près de 390 euros d'intérêts. Un chiffre qui paraît confortable, mais qui correspond au rendement total du livret, pas au supplément apporté par la hausse. Ce qui compte pour juger l'impact de la révision, c'est la différence avec l'ancien taux : entre 1,5 % et 1,7 %, l'écart ne représente que 46 euros supplémentaires sur une année pleine, pour un livret au plafond. Sur l'encours moyen observé chez les détenteurs de Livret A, autour de 7 500 €, ce supplément tombe à environ 15 euros par an.
Autre point : même après cette hausse, le rendement réel du Livret A une fois l'inflation déduite reste négatif, l'inflation s'établissant à 1,8 %. Le capital reste garanti et disponible à tout moment, mais il ne protège pas contre l'érosion monétaire.
Un décalage qui touche toute l'épargne des Français
Posez-vous la question, si vous aviez placé 100 € sur un livret A il y a 20 ans, à combien serait-il aujourd'hui ?
C'est le sondage réalisé par OpinionWay, qui illustre que les Français surestiment largement ce que rapporte leur placement préféré. Interrogés sur cette même question, ils répondent en moyenne 2 141 euros. La réalité ? 143 euros seulement. La perception des Français est ainsi multipliée par 15 par rapport à la réalité.
Cet écart prouve une chose : les Français confondent sécurité et rentabilité. Le Livret A protège peut-être votre argent des tempêtes, mais le condamne en même temps à faire du surplace.
Priorité n°1 : sécuriser sa réserve de précaution, mais en mieux
Selon ce même sondage, pour 60 % des Français, la priorité de l'épargne est de se constituer une réserve de sécurité face aux aléas de la vie. Un objectif légitime, et même la première brique de toute stratégie patrimoniale. Mais rien n'oblige à la loger uniquement sur un Livret A plafonné à 22 950 € et qui rémunère à 1,7 %.
Le livret à taux boosté
Les livrets à taux boostés répondent au même besoin de disponibilité et de sécurité, avec un taux actuellement fixé à 2 % annuel brut, un capital garanti et un accès possible jusqu'à 10 millions d'euros.
Certaines offres promotionnelles permettent même de bénéficier de taux boosté à 5,5 % brut sur les deux premiers mois pour tout premier dépôt entre 10 € et 200 000 €.
Le fonds en euros boosté en assurance-vie
Pour aller plus loin tout en conservant une poche sécurisée, certaines assurances vie proposent une hypothèse de rendement de 5 % net de frais de gestion sur le fonds en euros en 2026 et 2027, pour tout versement d'au moins 15 000 € comportant une part minimale de 30 % en unités de compte (avec risque de perte en capital sur cette partie). Le fonds en euros du contrat a affiché un rendement net cumulé de 11,19 % hors boost sur trois ans entre 2023 et 2025.
Livret A et assurance-vie : complémentaires, pas concurrents
Livret A et assurance-vie ne doivent pas s'opposer. Les deux produits répondent à des besoins différents : le Livret A pour l'épargne de court terme et les imprévus, l'assurance-vie pour les projets à court et long terme (épargne disponible, retraite, achat immobilier, transmission) avec un potentiel de rendement supérieur selon les supports choisis.
Et la tendance de fond va plutôt dans ce sens : la collecte de l'assurance-vie s'est établie à 28,7 milliards d'euros sur les cinq premiers mois de 2026, en hausse de 7,3 milliards d'euros sur un an, malgré la baisse des taux de l'épargne réglementée amorcée en 2025. Les perspectives pour les fonds en euros s'annoncent d'ailleurs particulièrement favorables : les cabinets Good Value for Money et Facts & Figures anticipent en moyenne une performance de 2,90 % brut (environ 2,40 % net de prélèvements sociaux) pour 2026, certains contrats pouvant même dépasser les 3 %, avec une garantie du capital et s'approcher d'un objectif de performance de 5 % sous conditions.
La recommandation habituelle des professionnels reste simple : conserver sur son Livret A l'équivalent de 3 à 6 mois de dépenses courantes, et orienter le surplus vers l'assurance-vie.
Différer l'ouverture d'un contrat car le taux du Livret A est en hausse peut d'ailleurs s'avérer contre-productif, l'assurance-vie bénéficiant d'un avantage fiscal lié à la durée de détention : après huit ans, les retraits profitent d'un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule et 9 200 euros pour un couple soumis à imposition commune. Plus un contrat est ouvert tôt, plus vite ce délai fiscal commence à courir.
Et pour ceux qui veulent viser plus haut : la Bourse fait mieux, sur la durée
Le sondage OpinionWay pour BlackRock révèle un autre paradoxe : les Français savent que les actions rapportent davantage que le Livret A, ils le surestiment même largement, avec une estimation moyenne de 5 746 € pour 100 € placés sur le CAC 40 il y a vingt ans, contre une réalité d'environ 507 €, dividendes réinvestis. Cela reste cinq fois la mise initiale, sur une période qui a pourtant traversé la crise de 2008.
Ce chiffre rappelle que même sur vingt ans et malgré une crise majeure, les actions restent le moteur de performance le plus puissant. Reste que ce couple rendement-risque, l'assurance-vie ne le modifie pas : loger une poche actions dans le contrat n'annule pas la possibilité de moins-value. En revanche, elle change la donne sur un autre plan, tout aussi déterminant sur le long terme : la fiscalité. L'enveloppe permet de bénéficier d'une fiscalité dégressive avec le temps, d'arbitrer entre supports sans déclencher d'imposition immédiate, et de préparer une transmission dans des conditions fiscales privilégiées.
Certains assureurs proposent une gestion sous mandat 100 % ETF, selon votre profil de risque intégrant des critères ESG et une large gamme de supports en gestion libre, avec la possibilité de cumuler les deux modes de gestion.
En résumé
La hausse du Livret A au 1er août 2026 est une bonne nouvelle, mais son impact réel reste modeste : une quarantaine d'euros de plus par an au plafond, sans même compenser l'inflation. Le vrai sujet n'est pas de guetter la prochaine révision semestrielle du taux, mais de structurer son épargne selon ses objectifs : une réserve de précaution disponible et bien rémunérée d'un côté, et une stratégie de long terme diversifiée de l'autre : fonds en euros boosté et actions au sein d'une enveloppe fiscalement avantageuse.
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DIEM Geoffrey
Conseiller en Gestion de Patrimoine
Cabinet Diem Conseil & Patrimoine




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